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A. Une information impartiale et éclairante
En raison du statut de la radiotélévision publique,
du fait qu'elle est financée par le public et qu'on la veut
à son service, les attentes en matière d'information
seront grandes et les exigences élevées. Le diffuseur
public doit transmettre une information qui permet aux auditeurs
de se faire une idée la plus juste possible des événements.
On voudra l'information, sinon objective, à tout le moins
impartiale. Cette information laissera les différents points
de vue s'exprimer et favorisera une compréhension éclairée
de l'actualité. Entre la propagande fréquente de la
radiotélévision d'État et le recours à
la polémique souvent gratuite de certaines radiotélévisions
commerciales, la radiotélévision publique doit pouvoir
s'adresser à l'intelligence des auditeurs et à leur
entendement. L'information diffusée par la radiotélévision
publique doit être traitée avec un souci d'explication
et d'approfondissement afin d'éclairer les citoyens sur les
sujets présentés et, ce faisant, d'enrichir la vie
démocratique. C'est souvent sa capacité à devenir
une référence en matière d'information qui
va amener le public à reconnaître l'importance et le
rôle de la radiotélévision publique et à
s'identifier à elle.
B. Des émissions de service et d'intérêt
général
Pour la radiotélévision publique l'information ne
se limite pas aux bulletins de nouvelles et aux émissions
d'affaires publiques; elle s'étend à toutes les émissions
permettant aux citoyens de se renseigner sur différents sujets
qui les touchent et à toutes ces émissions qualifiées
bien simplement " d'émissions de service " ou d'"
émissions d'intérêt général "
qui, souvent, collent aux préoccupations courantes ou pratiques
des gens. Portant sur la consommation ou sur des questions d'ordre
juridique, donnant des conseils pratiques, traitant de questions
de santé, publicisant des services fournis à la population,
etc., toutes ces émissions font que la radiotélévision
publique est elle-même un service offert à la population.
C'est par ces émissions que le diffuseur public se rapproche
des besoins concrets de la population. D'une certaine façon,
avec plus de moyens et à plus grande échelle, la radiotélévision
publique doit, selon les besoins, offrir le genre d'information
utile que les radios rurales et communautaires diffusent déjà
en partie dans de nombreux pays en voie de développement.
Plusieurs de ces radios, en effet, ont été mises sur
pied dans le but explicite de répondre à des besoins
de développement jusque-là insatisfaits.
Les radios communautaires se sont multipliées au cours des
dernières décennies.
Ni commerciales, ni étatiques, ces radios et les télévisions
de même nature, lorsqu'elles ne sont pas soumises à
quelque intérêt particulier, constituent un élément
nouveau et un apport original à la radiodiffusion publique.
Sensibles aux besoins des communautés qu'ils desservent,
les médias communautaires favorisent l'accès des
citoyens au système de radiodiffusion et leur participation
à la vie publique. Leur activité correspond tout
à fait à l'esprit du service public.
C. Des émissions qui laissent
des traces
Les rapports entre la culture et la télévision
ne sont pas simples, à l'image de ceux qu'entretiennent
les arts et la communication. Il n'existe pas de définition
unique de la culture. Comme l'écrit fort justement Jacques
Rigaud, exalter la vocation culturelle des médias audiovisuels
est une chose, définir en termes pratiques leur vocation
en est une autre7. Le chercheur français Michel Souchon,
qui parle d'un " malentendu permanent ", évoque
la culture patrimoniale que recherchent les uns, qui donne accès
aux grandes uvres de l'humanité, et la culture présente
des autres, qui permet de comprendre un peu moins mal le monde
et les hommes8.
Rigaud distingue trois niveaux d'action des médias en
matière de culture. Ainsi, la radio et la télévision
doivent parler des arts et de la culture, diffuser les uvres
et produits culturels existants, et créer enfin des uvres
originales : du théâtre, des concerts, mais aussi
des spectacles de musique populaire ou de variétés.
La radiotélévision publique doit aussi, en effet,
présenter des émissions de divertissement destinées
au grand public. Mais elle doit le faire autrement, en se distinguant
des médias commerciaux. On peut souhaiter que les émissions
du diffuseur public laissent des traces. Il est effectivement
possible de présenter des jeux, par exemple, qui informent
tout en divertissant. Les fictions, même à petit
budget, sont aussi l'occasion de traiter de thèmes contemporains
qui touchent les gens; s'il s'agit de fictions historiques, elles
peuvent servir à faire connaître le passé
et, par le fait même, à éclairer le présent.
Mais on ne doit pas non plus amplifier la mission éducative
de la radiodiffusion publique et il faut garder à l'esprit,
comme l'écrit encore Jacques Rigaud, que les médias,
et la télévision en particulier, ne sont pas un
cours du soir.
D. Une production maison
La télévision publique ne peut pas être seulement
un programmateur d'émissions. L'éthique particulière
qui guide cette radiotélévision demande que ses
émissions soient conçues avec un souci particulier.
Cette exigence implique que le diffuseur public s'engage aussi
dans le champ de la production audiovisuelle. Bien que la radiotélévision
publique puisse acheter ou commander certaines de ses émissions,
la présence d'une production " maison " qui lui
est propre non seulement garantit que les émissions répondront
adéquatement aux desseins du diffuseur, mais assure aussi
la pérennité d'une expertise - certains diraient
une " culture " de création - propre au diffuseur
public. Cela est particulièrement vrai pour de nouvelles
radiotélévisions publiques qui doivent se constituer
une identité, une " signature ", qui les distingue
des autres radiotélévisions.
Cette façon de faire propre au service public s'exprime
notamment dans le souci de recherche, d'innovation et de créativité
qui doit le caractériser. Cette production maison permet
aussi d'établir les normes de qualité que doit s'imposer
le diffuseur public et qui serviront d'aiguillon aux autres diffuseurs.
Rowland et Tracey expriment ainsi cette recherche de qualité
et l'application de standards élevés par la télévision
publique : "Dans cette perspective, la nature de la télévision
publique voudrait que toute émission proposée, quel
qu'en soit le genre, soit la meilleure de son espèce, la
meilleure possible9. " Plusieurs radiotélévisions
publiques vont se doter de politiques internes en matière
d'information et de programmes qui définissent les normes
leur servant de guide. La radiotélévision publique
devrait aussi s'assurer que la production des émissions
qu'elle commande répond aux mêmes critères.
E. Un contenu national
Plus que tout autre programme de radiotélévision,
celui du diffuseur public doit être national dans son contenu.
Cela ne signifie pas que les productions étrangères
doivent en être absentes; cependant, en vertu de son rôle
de forum public, la radiotélévision publique doit
d'abord favoriser l'expression des idées, opinions et valeurs
qui ont cours au sein de la société où elle
s'inscrit. À cet égard, il importe au premier chef
de privilégier la diffusion d'émissions nationales.
Cette proposition générale appelle cependant une
réserve. Dans certains pays, on a en effet tendance à
se préoccuper de l'origine des programmes plutôt
que de leur contenu. Or, il faut se garder d'assimiler la qualité
au contenu national : ils ne sont pas toujours synonymes!
Cette question du contenu national se pose évidemment
plus pour la télévision que pour la radio. En effet,
la musique mise à part, les émissions de radio sont,
dans la plupart des cas, des productions nationales, quand elles
ne sont pas régionales ou locales. En télévision,
le marché international des programmes est beaucoup plus
développé. Pour certains genres, comme les fictions,
il est moins coûteux d'acheter des émissions étrangères
que de les produire soi-même. Le diffuseur public doit cependant
se demander si ces fictions internationales sont nécessaires
au programme qu'il veut offrir et compatibles avec la réalisation
de ses missions. La plupart du temps, il faudrait sans doute les
considérer comme complémentaires.
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