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A. L'organisation de la radiotélévision
publique
Une première façon de s'assurer que la radiodiffusion
publique est suffisamment autonome consiste à distinguer,
dans ses instances de direction, deux niveaux de fonctionnement
: la gestion courante, d'une part, et les orientations générales
et décisions à long terme, d'autre part.
Un conseil d'administration est habituellement chargé
de s'occuper des politiques générales. C'est lui,
par exemple, qui va approuver le budget, les grandes orientations
du service public, en désigner les principaux dirigeants.
Le directeur général ou président directeur
général, selon les cas, sera pour sa part responsable
de la conduite des affaires courantes, qu'il s'agisse de la gestion
des ressources humaines ou matérielles, ou encore des décisions
de programmation. Pour éviter l'ingérence politique
dans les affaires courantes de la radiotélévision
publique, le directeur général n'a de comptes à
rendre qu'au conseil d'administration. C'est ce dernier, habituellement,
qui devra faire rapport des activités générales
aux autorités politiques. D'une certaine façon,
le conseil d'administration et son président agissent comme
un " rempart " entre l'activité du directeur
général et le pouvoir politique. En Australie, le
conseil d'administration de l'Australian Broadcasting Corporation
(ABC) a même l'obligation particulière de maintenir
l'indépendance et l'intégrité du service
public.
Par ailleurs, si les nominations des dirigeants de la radiotélévision
publique devaient être partisanes, les efforts pour distinguer
les rôles du directeur général et du conseil
d'administration seraient vains. Si ces nominations sont faites
en fonction d'affinités idéologiques ou qu'elles
constituent des récompenses aux amis politiques, elles
mineront la crédibilité même de la radiotélévision
publique. Il faut au contraire que ses dirigeants jouissent d'une
grande confiance auprès du public. L'expérience,
l'expertise de la radiotélévision, de même
que la capacité d'agir en fonction de l'intérêt
public, sont des qualités nécessaires pour occuper
les postes de direction du service public. Dans certains pays,
des mécanismes ont été mis en place qui en
garantissent l'autonomie et la crédibilité. En Allemagne,
par exemple, le conseil d'administration des radiodiffusions publiques
des divers Länder ou États est nommé par le
conseil de radiodiffusion du Land, issu en majorité de
la société civile et représentant les différents
groupes politiques, religieux, économiques et culturels.
C'est aussi le conseil de radiodiffusion de chaque Land qui élit
le directeur de la radiodiffusion publique. Ailleurs, en Grande-Bretagne,
le président de la BBC et les membres du conseil d'administration,
s'ils sont nommés par le premier ministre, nomment eux-mêmes
le directeur général du service public qui, à
toutes fins utiles, dirige les opérations de l'organisation
et n'a de comptes à rendre qu'à ce conseil pour
la gestion courante de la radiotélévision publique.
D'autre part, la durée des mandats et les modalités
de révocation des dirigeants doivent être déterminées
de façon à ne pas placer ceux-ci à la merci
des changements de gouvernement ou des variations d'humeur du
pouvoir. Ainsi, la possibilité de révoquer un membre
du conseil ou le directeur général doit être
spécifiée selon des critères bien précis
de façon à éviter toute destitution arbitraire.
Toutes ces mesures peuvent aider la radiotélévision
publique à conserver une certaine autonomie à l'égard
des autorités politiques. Cependant, il est clair que la
radiotélévision publique doit aussi rendre des comptes
à ces autorités sur ses activités générales.
À qui et de quelle manière?
B. L'imputabilité
S'il est difficile d'imaginer un système idéal
applicable partout, du fait de cultures politiques différentes
d'un pays à l'autre, divers mécanismes peuvent garantir
une certaine indépendance de la radiotélévision
publique à l'égard du pouvoir politique, tout en
assurant qu'elle rend des comptes. L'objectif est de rendre la
plus transparente possible la relation entre la radiotélévision
publique et le pouvoir politique et de décourager toute
tentative d'ingérence.
Théoriquement, le diffuseur public ne devrait rendre compte
qu'aux élus, et non au pouvoir exécutif, selon des
rendez-vous réguliers, habituellement annuels. Les représentants
du public devraient pouvoir y évaluer, à la lumière
du rapport annuel soumis par la radiotélévision
publique, sa performance générale et l'utilisation
qu'elle a faite des deniers publics au cours de la période
écoulée. En pratique, on sait cependant que dans
la plupart des cas les dirigeants des radiotélévisions
publiques entretiennent des rapports avec l'exécutif, ne
serait-ce qu'avec les représentants du ministère
responsable du service public devant le Parlement. Cependant,
si ces rapports officieux deviennent trop fréquents, ils
sont contraires à l'esprit de la " gestion à
distance " et de nature à miner la crédibilité
de la radiodiffusion publique.
Plusieurs pays ont également un organisme chargé
de réglementer et de surveiller les activités de
radiotélévision. Mandaté par le législateur
pour gérer et surveiller l'ensemble ou une partie du système
de radiotélévision et de télécommunications,
cet organisme, peut aussi s'avérer un autre " rempart
" entre le pouvoir politique et la radiotélévision
publique. En effet, il peut être chargé, par exemple,
d'évaluer l'accomplissement du mandat du diffuseur public.
C'est le cas au Canada, où l'organisme de réglementation
délivre les licences du radiodiffuseur public, en émaillant
ses décisions de considérations variées sur
la façon dont le service public devrait jouer son rôle.
C'est aussi le cas en France, où le Conseil supérieur
de l'audiovisuel évalue, dans son bilan annuel, comment
les diverses chaînes publiques remplissent les obligations
que leur imposent la loi ou les cahiers de charges.
Quelques diffuseurs publics ont aussi innové ces dernières
années en cherchant à créer des liens plus
étroits avec leur public. Au Canada, par exemple, le service
public a créé le poste d'ombudsman. Les citoyens
peuvent ainsi faire connaître leur point de vue à
son titulaire et présenter les griefs qu'ils pourraient
entretenir à l'égard de la radiotélévision
publique, en matière journalistique. Il s'agit là
d'un moyen particulièrement intéressant pour le
service public d'assurer sa responsabilité envers le public.
Une dernière remarque s'impose. Il faut surtout éviter
que le diffuseur public ait à rendre des comptes à
trop d'organismes. Cela pourrait devenir embarrassant -les avis
pouvant se contredire - et inciter le diffuseur public, en voulant
satisfaire les uns et les autres, à ne plus répondre
de rien.
C. L'évaluation
De façon générale, le jugement que l'on
peut porter sur l'ensemble de la performance de la radiotélévision
publique doit considérer deux éléments :
la réalisation du mandat et des missions, d'une part, et
la satisfaction du public, d'autre part.
Il va de soi que les principes d'universalité, de diversité
et, le cas échéant, de spécificité
doivent être respectés. Une radiotélévision
publique dont le service ne serait accessible qu'à une
fraction de la population ou qui, avec le temps, ne chercherait
plus qu'à rejoindre certains publics ne respecterait plus
son obligation d'agir comme forum public. Certains publics sont-ils
laissés pour compte par le diffuseur public? Retrouve-t-on
à l'antenne les différents genres d'émissions
que l'on souhaite voir la radiotélévision publique
offrir : des bulletins de nouvelles, des émissions d'affaires
publiques, des émissions éducatives pour les jeunes
ou des documentaires pour le grand public, des émissions
culturelles, des émissions de variétés? Ces
genres sont-ils présentés dans des grilles-horaires
qui permettent de rejoindre le public? Bref, les obligations imposées
à la radiotélévision publique se concrétisent-elles
dans sa programmation?
Il faut concevoir pour le diffuseur public des mécanismes
d'évaluation adaptés à ses obligations, qui
ne sont pas, par exemple, celles d'une radiotélévision
commerciale. Cela mène à s'interroger sur les cotes
d'écoute comme moyen d'évaluation. Si celles-ci
sont utiles pour fixer le prix à payer par les annonceurs
sur les chaînes de radio et de télévision
commerciales, elles sont peu adéquates pour mesurer la
réalisation du mandat et des missions de la radiotélévision
publique. Parce que le but de cette dernière n'est pas
d'attirer à tout moment le plus large auditoire possible,
on ne peut utiliser ce seul outil pour mesurer son écoute.
La cote d'écoute ne tient pas compte, par exemple, de la
diversité du public. Ainsi, une chaîne peut obtenir
une grande écoute, mais n'attirer que le même public
à tout moment. Si l'on demande à la radiotélévision
publique de s'adresser à l'ensemble du public, il est clair
qu'on ne peut exiger d'elle qu'elle attire une majorité
d'auditeurs ou de téléspectateurs pour des émissions
qui visent parfois et sciemment une partie seulement de ce public.
La portée, soit le nombre de téléspectateurs
rejoints par la radiotélévision publique durant
une période donnée, le cumul de l'auditoire sont
beaucoup plus utiles pour juger de la performance du diffuseur
public.
Finalement, au-delà de l'écoute, on doit aussi
être capable de mesurer la satisfaction du public à
l'égard de sa radiotélévision publique. En
effet, dans la mesure où la radiotélévision
publique réussit à fournir un service dont on perçoit
bien la différence par rapport aux autres services de radiotélévision
offerts, il est possible que, même pour ceux qui écoutent
moins la radio et la télévision, le service public
soit perçu comme différent et nécessaire.
Il est important d'évaluer la satisfaction du public à
l'égard de ce service, puisqu'il en va, en dernière
instance, de sa légitimité. Des sondages réguliers
sont utiles à cet effet. Le public est-il satisfait du
service qu'on lui fournit? Trouve-t-il que cette radio et cette
télévision sont suffisamment diversifiées?
Fait-il confiance au diffuseur public dans sa façon de
l'informer? Perçoit-il un effort particulier accompli par
cette radiotélévision pour favoriser la création
originale, l'innovation dans les genres et la présentation
des émissions? Le public considère-t-il que le diffuseur
public est nécessaire? Il faudrait savoir ce que le public
pense de la capacité de la radiotélévision
publique à remplir ses missions générales
de programmation : information, éducation et divertissement.
La comparaison avec les radios et télévisions commerciales
doit enfin être assurée, de façon à
mesurer la satisfaction du public quant aux secteurs public et
privé.

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