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Le recours à la publicité comme mode de financement
de la radiodiffusion assurait, croyait-on, que les diffuseurs privés
chercheraient constamment à satisfaire la demande : le prix
que paient les annonceurs pour les espaces publicitaires n'est-il
pas lié à la capacité des diffuseurs à
attirer le plus grand nombre d'auditeurs possible? Et si les auditeurs
sont au rendez-vous, c'est qu'ils trouvent leur compte, d'une façon
ou d'une autre, dans les émissions qui leur sont proposées.
Le modèle commercial est donc né d'une grande confiance
dans la capacité des mécanismes du marché à
répondre aux goûts des consommateurs ainsi que d'une
réticence très forte à voir l'État dominer
un média de masse auquel on prêtait, par ailleurs,
un grand potentiel d'information et d'influence. Une présence
trop directe de l'État en radiodiffusion était alors
perçue comme dangereuse.
Cette méfiance envers l'État, tout comme cette
confiance à l'égard des mécanismes du marché,
n'était toutefois pas ressentie partout. Dans d'autres
pays, le modèle d'État s'est développé
selon une conception dirigiste du rôle de la radiodiffusion
dans la société. Bien que le contrôle de l'État
ait pu s'exercer sur une radio confiée aux diffuseurs privés,
on opta le plus souvent pour une radio gouvernementale, sous la
tutelle des autorités politiques. Centralisée et
érigée en monopole, la radiodiffusion, dans ce modèle,
s'est construite sur l'idée que l'État est fondé
d'utiliser le média à ses propres fins. L'État,
dans ce contexte, est vu comme garant de l'intérêt
public, définissant lui-même cet intérêt.
Quant au modèle de service public, s'il découle
de la vision que certains se faisaient de la radio, il s'est aussi
bâti sur une double méfiance. Méfiance quant
à la capacité des mécanismes du marché
à assurer la réalisation de certains objectifs;
méfiance aussi quant à la capacité de l'État
à atteindre ces mêmes objectifs, généralement
regroupés autour des fonctions générales
qu'on définit encore aujourd'hui pour la radiodiffusion
publique : informer, éduquer, divertir. La vision que l'on
se faisait de son rôle et de son importance imposait d'en
faire une entreprise publique, au service des citoyens, de la
culture et de la démocratie.
Dans certains pays, on rejeta donc l'idée que l'intérêt
public, en radiodiffusion, puisse concorder avec les intérêts
particuliers d'entreprises privées cherchant d'abord la
rentabilité de leurs activités. Mais on ne se méfiait
pas que du marché dans ces pays, on se méfiait aussi
de l'État. En raison du potentiel de la radio sur les plans
social, culturel et politique, on considéra que la participation
trop directe de l'État dans un domaine lié plus
largement au domaine de la pensée et de l'expression n'était
pas souhaitable. C'est généralement la distinction
entre radiotélévision publique et radiotélévision
d'État qui est la moins évidente quand vient le
temps de comparer les différents modèles de radiodiffusion.
Une notion fondamentale pour comprendre cette différence
est bien connue en Grande-Bretagne; c'est celle du " arm's
length ", de la " gestion à distance " de
l'État sur la radiodiffusion. Plutôt que de placer
la radiodiffusion directement sous la tutelle de l'État,
on décida de la confier à un organisme qui agirait
dans l'intérêt public et bénéficierait
d'un degré d'autonomie suffisant pour éviter les
ingérences politiques ou bureaucratiques.
Le modèle de service public a donc été développé
selon l'idée que ni le marché ni l'État ne
peuvent remplir adéquatement les missions de service public
confiées à la radiodiffusion et agir dans l'intérêt
public, qui ne concorde ni avec les intérêts privés
ni avec les intérêts des autorités politiques
du jour.
Ces trois modèles nés dans les premières
années de la radiodiffusion ont été repris
en télévision. L'histoire leur a cependant réservé
des sorts différents. Le modèle commercial est devenu
aujourd'hui le modèle dominant, alors que depuis les années
1990 le modèle d'État est en perte de vitesse. La
radiotélévision de service public, quant à
elle, bien qu'elle s'inscrive dans un environnement de plus en
plus commercial, se maintient. Elle demeure aujourd'hui largement
répandue et elle reste la solution privilégiée
par ceux qu'inquiètent les limites de la radiotélévision
commerciale.
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