Assemblée générale du CMRTV, Montréal, 21.11.2003.

Une organisation soutenue par l'UNESCO et la Fondation Hoso-Bunka (Tokyo)

Mise à jour : 11.12.2002

 

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  service publique: pourquoi I historique I comprendre I quel programme I liberté/responsabilité  
  ENGUISE DE CONCLUSION : LA RADIOTELEVISION PUBLIQUE A L'ERE NUMERIQUE  
  Le modèle de radiotélévision de service public s'est maintenu ces dernières années dans un univers audiovisuel autrement dominé par les radiotélévisions commerciales. Mais l'audiovisuel évolue vite, très vite. La multiplication des services commerciaux va-t-elle entraîner une fragmentation de l'auditoire qui pourrait éventuellement mettre en péril la survie des radiotélévisions publiques généralistes, cette fragmentation ayant pour effet de diminuer leur écoute au point où on ne verrait plus l'intérêt de les maintenir? Les radiotélévisions publiques doivent-elles créer des services spécialisés, sachant que leur raison d'être est de s'adresser à l'ensemble du grand public et non seulement à des publics particuliers? Doivent-elles abandonner certains types d'émissions devant l'abondance de l'offre dans ces domaines? Doivent-elles se lancer dans les services par Internet?

Toutes ces questions peuvent, finalement, se résumer à une seule : quelle est la place de la radiotélévision publique à l'ère du numérique? L'environnement numérique oblige à penser non seulement la radiotélévision publique, mais l'ensemble de la radiotélévision sous un angle différent. Les limites techniques qui s'imposaient à la radiodiffusion à une autre époque (la rareté des fréquences pour la diffusion hertzienne, notamment) n'existent plus. L'intervention des pouvoirs publics dans la radiotélévision ne peut donc plus reposer sur des raisons techniques. À n'en pas douter, cela soulève des questions sur l'avenir de la réglementation dans ce secteur.
 
  Car s'il est déjà difficile d'infléchir les diffuseurs commerciaux pour qu'ils remplissent certaines charges de service public, la convergence entre radiodiffusion, télécommunications et Internet provoquée par la numérisation ne facilitera en rien cette situation, bien au contraire. En matière de télécommunications comme pour l'Internet, on observe plutôt une déréglementation pour l'une et une réticence à réglementer pour l'autre. Si, comme on peut le penser, il devient de plus en plus difficile d'imposer une réglementation pour les services radiophoniques et télévisuels numériques, la meilleure façon de s'assurer que les objectifs de service public sont maintenus consistera dans la présence d'un organisme public chargé de remplir ces missions.

Les véritables questions qu'il faut donc se poser sont les suivantes : La numérisation remet-elle en question le besoin d'avoir un service universel qui s'adresse aux gens en leur qualité de citoyens plutôt qu'en leur qualité de consommateurs? La numérisation nie-t-elle l'opportunité d'avoir un service de radiotélévision différent de la myriade de services commerciaux proposés sur le marché? Mettra-t-elle fin au besoin d'avoir un forum public où tous sont invités à participer, indépendamment de leur statut social ou de leur pouvoir d'achat? L'individualisation de la consommation audiovisuelle que permettent la numérisation et la fragmentation qu'elle entraîne aura-t-elle pour effet d'amener les individus à ne plus s'intéresser à des services qui leur permettent d'entretenir un sentiment d'appartenance à une communauté politique, de se percevoir comme citoyens?

À moins de répondre oui à toutes ces questions, il est bien évident que le numérique ne constituera pas un empêchement au maintien des radiotélévisions publiques, bien au contraire. Les objectifs démocratiques et d'égalité qui leur sont inhérents pourront encore être invoqués pour les justifier. Ainsi, à la question de l'utilité de la radiotélévision publique dans l'avenir, nous pouvons reprendre la réponse de Werner Rumphorst :

[...] l'avenir de la radiotélévision publique tient à sa mission, à son rôle dans et pour la société civile. Plus les sources d'information se diversifient et s'individualisent et plus les auditoires se fragmentent, plus il importe de maintenir au moins un service vigoureux qui fait fonction de point national de référence et d'identification en même temps que de forum d'opinions11.

Le défi des prochaines années, pour les radiotélévisions de service public, est d'évoluer et d'adapter à l'ère numérique les principes sous-jacents à leur existence. Ainsi, la grande majorité des télévisions publiques sont aujourd'hui présentes dans l'univers des canaux spécialisés et dans celui de l'Internet. La nécessité qui s'impose à elles, c'est d'utiliser ces nouvelles technologies pour améliorer et compléter leur mission de service public. Elles doivent le faire avec prudence, en choisissant des secteurs qui découlent logiquement de leur raison d'être. En Allemagne, par exemple, les chaînes publiques ont créé deux canaux thématiques pour compléter leur offre de base : une chaîne événementielle et de documentaires et une autre pour enfants. Ces chaînes s'inscrivent tout à fait dans une mission de service public.

Par contre, le service public ne doit pas oublier, comme le rappelle le rapport du Sénat français en citant le sociologue Dominique Wolton, que sa vocation est clairement de créer du " lien social ". " Demain, écrit Wolton, les médias généralistes, dans un univers multimédia, interactif et encombré de réseaux, auront un rôle encore plus important qu'hier, car ils seront l'un des seuls liens de la société individualiste de masse. La télévision généraliste renvoie à cet objectif : continuer à partager quelque chose en commun dans une société fortement hiérarchisée et individualisée12. "


Anthony Smith cité par Graham Murdock et Peter Golding, " Common Markets: Corporate Ambitions and Communication Trends in the UK and Europe ", dans The Journal of Media Economics, vol. 12, no 2, 1999, p. 122.

Mark Starowicz, The Great Media Shift. Television, Radio and Print In the 21st Century ; Speculations on the Impact of New Technologies, First Annual Kesterton Lecture, School of Journalism and Communication, Carleton University, February 10th, 2000, p. 19.

Carole Tongue, Rapport sur le rôle de la télévision de service public dans une société plurimédiatique, Commission de la culture, de la jeunesse, de l'éducation et des médias, (rapport adopté par le Parlement européen le 19 septembre 1996), 1996, p. 15.

André Lange, "Diversité et divergences dans le financement des organismes de radio-télévision de service public dans l'Union européenne", dans Communications & stratégies, nº 35, 3e trimestre, 1999, p. 183-196.

Sénat (France), L'audiovisuel public en danger. Rapport d'information fait au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation sur le financement de l'audiovisuel public ; par Claude Belot, Paris, (Les rapports du Sénat, no 162), 1999-2000, p. 33, 36 et 37.

McKinsey & Company, Public Service Broadcasters Around The World. A McKinsey Report for the BBC, janvier 1999, p. 5.

Jacques Rigaud, Libre culture, Paris, Gallimard (Le débat), 1990.

Michel Souchon, " Télévision et culture. Jalons et anecdotes pour servir à l'histoire d'un malentendu ", dans Revue de l'Institut de sociologie, Bruxelles, Université libre de Bruxelles, 1995/1-2, p. 165.

Willard D. Rowland Jr. et Michael Tracey, Lessons from abroad: a preliminary report on the condition of public broadcasting in the United States and elsewhere, Conférence conjointe de l'International Communication Association et de l'American Forum of the American University, Washington, D.C., 27 mai 1993, p. 23.

Nicholas Garnham cité dans UNESCO, La radiotélévision de service public : les défis du XXIe siècle, Paris, UNESCO (Études et documents sur la communication, nº 111), 1997, p. 65.

Werner Rumphorst, Model Public Service Broadcasting Law with Introductory Note and Explanatory Comment, 1998, p. 6, (inédit).

Dominique Wolton cité dans Sénat (France), L'audiovisuel public en danger. Rapport d'information fait au nom de la commission des Finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation sur le financement de l'audiovisuel public ; par Claude Belot, Paris, (Les rapports du Sénat,
no 162), 1999-2000, p.31.

 
     
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