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Pour que la société de l'information dispense le
savoir - et le pouvoir qui en découle -, il faut un niveau
d'information bien plus élevé qu'il ne l'est aujourd'hui,
garantissant que les besoins fondamentaux de la société
en matière d'information soient satisfaits par les médias
électroniques accessibles à la majorité des
hommes et des femmes : la radio dans les zones rurales et la télévision
dans les centres urbains.
Tout homme et toute femme, partout dans le monde, doit être
mis en contact avec les réalités complexes du monde
du 21e siècle, et ce à travers des médias
parlant sa langue, partageant sa culture et son environnement
social. Une tâche immense nous attend pour informer ceux
qui sont mal informés, quantitativement et qualitativement.
La radiodiffusion publique ne joue pas seulement un rôle
culturel très important; elle est aussi un outil indispensable
au bon fonctionnement de la société et à
la démocratie, une condition sine qua non de la société
de l'information.

Un agence mondiale d'évaluation
des médias électroniques au service de la société
Aucune donnée objective n'étant aujourd'hui disponible
sur ce sujet dans une perspective globale, le Conseil Mondial
de la Radio-Télévision (CMRTV) met sur pied une
agence d'évaluation pour mesurer la performance des médias
électroniques au service de la société dans
tous les pays du monde.
Cette agence d'évaluation considère la radio, la
télévision et les nouveaux services digitaux du
point de vue du bon fonctionnement de la société,
de la participation des citoyens et du pouvoir qui leur est donné.
Là où le paysage audiovisuel est multichaînes,
multisupports multimédias, l'agence d'évaluation
sera particulièrement attentive à la manière
dont les utilisateurs trouvent leurs références
éthiques, leurs territoires de confiance, leurs repères
de crédibilité dans le labyrinthe des nouveaux services,
des nouvelles opportunités et des nouvelles sources d'information
et de divertissement qui leur arrivent par toutes sortes de moyens.
Le CMRTV est une organisation non-gouvernementale indépendante,
créée il y a dix ans pour promouvoir et défendre
la radiodiffusion publique à travers la société
civile. La définition du service public établie
par le CMRTV, publiée par l'UNESCO en cinq langues, est
largement reconnue comme la définition de référence.
C'est une institution suisse, la Fondation Média et Société,
avec siège à Genève, qui gèrera l'agence
d'évaluation.
Certification internationale de la contribution sociale d'un
radiodiffuseur
La Fondation Média et Société gèrera
également une agence de certification pour les radiodiffuseurs,
sur la base de critères internationalement reconnus de
la contribution sociale des médias électroniques.
Le processus de certification comporte une évaluation
indépendante de la contribution sociale spécifique
du radiodiffuseur concerné, ainsi qu'une assistance à
la formation du personnel et à l'amélioration des
services.
Le radiodiffuseur ayant obtenu la certification bénéficiera
d'un label international de qualité susceptible de conforter
sa position vis-à-vis de la société civile,
du gouvernement et des organisations internationales.
Définition des indicateurs
Le CMRTV est en train de définir les indicateurs appropriés
pour mesurer la contribution sociale des médias électroniques
et l'apport objectif des radiodiffuseurs publics à cet
égard.
Avec le soutien de la Fondation Hoso-Bunka, Tokyo, Peter Menneer,
un consultant britannique, a esquissé une première
liste de " critères de performance spécifiques
au service public ". Le CMRTV a aussi bénéficié
d'un document établi par Paolo Baldi, directeur des Services
d'information stratégique de l'UER, " Critères
pertinents d'évaluation de la performance des radiodiffuseurs
de service public et de leur capacité à rendre compte
de leur mandat. "
Fin 2001, la CMRTV a saisi l'occasion d'une réunion stratégique
dans les locaux de l'UNESCO, à Paris, regroupant des représentants
d'associations de radiodiffuseurs, d'autorités de régulation,
de mouvements de la société civile, d'universités,
etc., pour solliciter leur point de vue sur ce travail.
Les délégués, en provenance des cinq continents,
ont soutenu à l'unanimité le concept de l'agence
d'évaluation. Le travail est désormais piloté
par un groupe stratégique de sept personnes : Micheline
Vaillancourt, directrice de la TV régionale et des affaires
régionales de Radio-Canada, Ana Maria Miralles, Université
Pontificia Bolivariana, Medellin, Colombie, Valdimir Gaï,
Division du développement de la communication, UNESCO,
Paris, Abdelkader Marzouki, secrétaire général
du CIRTEF (Conseil International des Télévisions
d'Expression Française), Bruxelles, Javad Mottaghi, directeur
d'AIBD (Asia-Pacific Institute for Broadcasting Development),
Kuala Lumpur, Malaisie, John F. Musukuma, secrétaire général
de la SABA (Southern African Broadcasting Association), Windhoek,
Namibie, Pierre Wiehn, CSA (Conseil Supérieur de l'Audiovisuel),
Paris, et Guillaume Chenevière, Président, CMRTV,
Genève, Suisse.

Définir et tester les critères
d'évaluation
Le CMRTV est en train de définir les critères d'évaluation
qui seront testés pendant l'année 2002.
Le professeur Louis Balme, International Standardization and Certification
Services, New York, dirige une recherche préliminaire sur
l'évaluation du paysage audiovisuel de cinq ä six
pays tests et sur les conditions dans lesquelles les médias
électroniques de ces pays peuvent fournir à la société
les services qu'elle en attend.
Cela se fait par des interviews de groupe, selon la méthode
dite du Diagramme d'Affinité. Trois groupes seront réunis
dans chaque pays, le premier représentant les professionnels
(gens de télévision, de radio, et de l'internet),
le deuxième les utilisateurs (téléspectateurs,
auditeurs, internautes), le troisième les experts ( universitaires,
écrivains, régulateurs, etc.).
Mark Ellis, The Knowledge Agency, Londres, en collaboration avec
Paolo Baldi, UER, a préparé une recherche sur la
manière dont les radiodiffuseurs publics européens
rendent compte de l'exercice de leur mandat. Le but de ce travail
n'est pas seulement de collecter et de consolider des données,
mais aussi de créer un mouvement international pour l'adoption
de standards de mesure de la performance spécifique du
service public. Il est en effet urgent de promouvoir des mesures
plus significatives pour le service public que les seuls chiffres
d'audience.
L'agence d'évaluation prévoit de démarrer
son activité en 2003 dans quelques pays tests et de devenir
opérationnelle en 2004.
La phase de définition et de test est financée par
la Fondation Hoso-Bunka, Tokyo, et par la Direction du Développement
et de la Coopération du gouvernement suisse, Berne. Un
soutien est également espéré de l'OFCOM,
autorité de régulation helvétique, et de
l'UER.

Lignes de conduite pour l'établissement
des critères
1) Exigences techniques, politiques et économiques
- Sous l'angle technique, les critères choisis doivent
être clairs, faciles à mesurer et, dans toute la
mesure du possible, indiscutables
- Sous l'angle politique, ils doivent être acceptables
par les radiodiffuseurs de service public reconnus, les autorités
de régulation, les organisations internationales, etc.
Le CMRTV veut des standards qui fassent l'objet d'un consensus
général.
- Sous l'angle économique , les informations doivent
être accessibles sans que cela implique des dépenses
mettant en péril la faisabilité de l'opération.
Il serait absurde d'exiger des données d'audience dans
les pays qui n'en disposent pas ; le CMRTV n'est pas en mesure
de créer et de gérer des instituts de recherche
2) Approche variable en fonction des différences régionales
Même s'il existe un tronc commun de référence
, les critères appliqués varieront d'un continent
à l'autre et, sur le même continent, d'une région
à l'autre.
Dans les pays industriels modernes, le public bénéficie
de services audiovisuels nombreux et variés ; une multitude
de données sont accessibles. Le problème est celui
de la sélection : de quels services la société
a-t-elle besoin ? tous les citoyens y ont-ils bien accès
? comment les distinguer des divertissements futiles et des informations
biaisées qui envahissent les ondes et les réseaux
?
Dans les pays en développement, les services sont moins
nombreux et les données lacunaires.
Il convient de se concentrer sur des éléments de
base dont la définition opérationnelle est très
signifiante : financement, contenu local, indépendance
effective, impartialité dans la présentation des
faits, représentation des minorités, etc.
Dans les sociétés en transition vers la démocratie,
on veillera à la présence de services essentiels
que les textes de référence européens et
nord-américains négligent souvent : cohésion
nationale, prévention des conflits, réconciliation
au lendemain des conflits, dialogue entre des intérêts
opposés, justice sociale, développement économique,
information pertinente couvrant tous les sujets utiles aux citoyens,
etc.
3) Trois angles d'approche seront utilisés et probablement
combinés :
3a) Définition du service public
La brochure du CMRTV, publiée par l'UNESCO, " La radiodiffusion
publique : pourquoi ? comment ? " fournit une définition
largement reconnue du service public, dont les critères
de base sont les suivants :
3a1, accès à la majorité de la
population, dans tous les segments (âge, sexe, religion,
revenu, lieu d'habitation, couche socio-professionnelle, etc.)
3a2, diversité des contenus correspondant ä la diversité
des intérèts, des opinions, et des cultures au sein
du public visé.
3a3, contenu local et national reflétant la société
dans laquelle les auditeurs-téléspectateurs vivent
3a4, indépendance, impartialité, et pertinence de
l'information, susceptible d'éclairer les citoyens et de
nourrir la vie démocratique.
3a5, qualité et créativité : standards élevés,
programmes laissant une trace et élargissant la palette
des choix
3a6, promotion de la culture nationale, y compris la production
audiovisuelle, mais aussi du pluralisme culturel
3a7, financement stable et adapté aux besoins, indépendant
des pressions politiques ou commerciales
3a8, statut légal garantissant une indépendance
réelle vis-à-vis de l'état
Les critères 3a 3,7, et 8 peuvent être évalués
objectivement au moyen d'une grille standard (voir
note 1).
Le critère 3a1 peut être mesuré, si les données
d'audience existent, par le calcul de la pénétration,
dont Peter Menneer a souligné combien elle est plus significative
pour le service public que la part de marché. D'autres indicateurs,
évoqués par Paolo Baldi, pourraient être retenus
: nombre de récepteurs, puissance et rayon d'action des émetteurs,
présence ou non de supports techniques théoriquement
disponibles, etc.
Les critères 3a 2, 4, 5 et 6 nécessitent une approche
plus complexe (voir
note 2)
3b) Ecologie du paysage audiovisuel
La Conférence de Windhoek 2001, organisée par l'UNESCO
en Namibie pour célébrer le 10e anniversaire de la
Déclaration de Windhoek sur la liberté de la presse,
a donné l'occasion à la société civile
africaine de souligner son besoin de disposer de médias électroniques
libres et pertinents. Un projet de " Charte africaine de la
radiodiffusion " a été discuté et approuvé
par l'assemblée ; il définit les critères de
base pour un paysage audiovisuel équilibré et sain
:
3b1, système de radiodiffusion à trois
piliers : public, commercial, communautaire
3b2, liberté d'expression, diversité, libre circulation
des idées et de l'information
3b3, autorités de régulation indépendantes
du gouvernement et
des partis politiques
3b4, processus transparent et ouvert pour l'attribution des fréquences
3b5, quotas de contenu local et de productions indépendantes
locales
3b6, transformation des radiodiffuseurs d'état en services
publics, avec un mandat explicite, la liberté éditoriale,
la participation du public, et l'interdiction de toute ligne partisane
dans les reportages et les programmes, en matière de religion,
de conviction politique, de culture, de race et de sexe.
3b7, radiodiffusion communautaire définie comme radiodiffusion
par, pour et sur la communauté, dont la propriété
et le management représentent la communauté, qui
ne poursuit aucun but lucratif, mais un objectif de développement
social.
3b8, accès aux nouvelles technologies de l'information
et de la communication, en particulier à travers des centres
gérés par la communauté.
Tous ces critères, sauf 3b2, peuvent être évalués
objectivement en remplissant une grille standard (voir
note 1). 3b2 nécessite une approche plus complexe (voir
note 2)
3c) Besoins et attentes du public
La recherche qualitative sur l'audience montre que le public a des
besoins et des attentes de services bien définis de ses médias
électroniques, mais qu'il voit souvent les médias,
surtout la télévision, comme de lourdes machines sur
lesquelles il n'a pas d'influence, soit parce qu'ils sont contrôlés
par l'état, soit parce qu'ils proviennent de sources lointaines,
par exemple Hollywood.
Une recherche conduite en Suisse en 1998 montre que le public
attend de ses médias un rôle social et moral :
- servir les minorités
- présenter et commenter des points de vue multiples
sur les faits
- promouvoir des services individualisés ( interactivité,
programmes à la demande, etc.)
Dans son témoignage de 1999 pour justifier une augmentation
de sa redevance, la BBC résume ainsi les besoins et les attentes
de la société à son égard :
- une force
civilisatrice
- des standards de qualité et d'innovation
- la promotion du débat démocratique
- des investissements moteurs dans la production nationale de
qualité
- la " colle " culturelle qui assure la cohésion
nationale
- un impact sur l'éduction
- le développement d'une société de l'information
pour tous, pas pour quelques-uns
Une comparaison des résultats de ce type dans les différents
pays où ils ont été analysé pourrait
fournir une typologie de besoins et d'attentes standard.
Conclusion
L'agence d'évaluation gérée par la Fondation
Média et Société fournira un diagnostic objectif
et régulièrement actualisé de l'impact social
des médias électroniques dans chaque pays. Elle fournira
un diagnostic du même type pour les services transnationaux,
CNN, BBC World, Al Jazeera, Euronews, etc.
Il appartiendra au CMRTV de développer des recommandations,
des avertissements, et des signaux d'alerte sur la base des informations
fournies par l'agence et de décider à qui il entend
les adresser (presse, gouvernements, etc.).
L'agence examinera l'impact social de l'ensemble du système
de radiodiffusion de chaque pays, avec ou sans service public,
mais le CMRTV est persuadé que la présence d'un
service public bona fide améliore sensiblement la situation
et se réjouit de le démontrer.
Le CMRTV est la première " cible " de l'agence,
qui est néanmoins disposée à fournir ses
données à toutes les organisations intéressées
: autorités de régulation, associations de radiodiffuseurs,
organisation internationales, agences gouvernementales, mouvements
de la société civile, universités, industries,
radiodiffuseurs individuels, etc.
Un paysage audiovisuel sain et équilibré, où
les besoins et les attentes des citoyens sont pris en considération,
est essentiel à la bonne gouvernance de la société
et à la démocratie. C'est une condition sine qua
non de la société de l'information.
L'agence d'évaluation de la Fondation Média et
Société fournira à la communauté internationale
une vue claire et objective de la situation à cet égard.
Par son processus de certification, elle fournira aux radiodiffuseurs
publics à travers le monde un label international de qualité
et un appui dans la formation de leur personnel et dans l'amélioration
de leur service à la société.
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